Pour commencer cette chronique du 7eme album d’Usher « Looking For Myself » qui sera disponible dans les bacs demain (mais qu’on peut déjà écouter gratuitement sur Itunes) : Il est impératif de revenir sur quelques brides de l’histoire du monsieur et les raisons qui l’ont poussé à arriver à cet album depuis 2004 et le fameux Confessions.

En effet Usher a un souci, c’est globalement et très fermement un excellent second.

Si le R&B était un 100 mètres, il arriverait second ou même 3eme dans toutes les catégories. Il sait très bien chanter mais n’a pas une voix extraordinaire face à des R.Kelly, Luther Vandross, Joe. Il danse très bien mais n’est pas forcement au-dessus d’un, Sisqo, Chris Brown et même Michael Jackson, puis il ne compose et n’écrit pas, ce qui le laisse encore loin derrière une bonne partie des artistes précédemment cités. Le fait qu’il soit plus ou moins bon partout est dans les faits une excellente chose, mais une chose qui ne lui accorde qu’une deuxième place dans le général et ça il l’a toujours su.

 Usher n’a jamais aussi bien rayonné que dans ses 2 premiers albums quand il vendait très bien mais avait au-dessus de lui un R.Kelly en terme de notoriété. On le voit au travail de «My Way ». « ou de « 8701 », ces 2 opus respirent une certaine fraicheur et une prise réelle de risque. Il s’épanouissait. Là où tout se gâte pour lui, c’est le jour où Confessions devient ce qu’il est devenu.

14 millions d’exemplaires vendus dans le monde donc 10 millions aux U.S.A, l’opus masculin de R&B le plus vendu de tous les temps dans ce pays. Un classique. Lui qui aimait cette place de deuxième et qui s’y épanouissait est devenu d’un coup le meilleur des meilleurs de toute générations confondues du Rhythm and Blues.
Mais cette position d’ abord géniale pour lui, a tout de suite après posé de grands problèmes et ce pour plusieurs raisons :

Confessions a beau être un bon album, il n’a pas de son particulièrement fort. On ne peut reconnaitre dans cet opus, une uniformité sonore qui n’existait pas ailleurs. C’est un bon album de R&B mais ce n’est pas un son corrosif  à l’artiste. Exemple : Quand on écoute « Invincible », on peut aimer ou ne pas aimer mais c’est du Michael Jackson. On écoute « charmbracelet », c’est du Mariah Carey. On écoute « Dance With My Father « , c’est Vandross dans sa finesse. Les 2 opus de Sisqo sont très emblématiques du son Dru Hill. Confessions aurait très bien pu être chanté par Ginuwine ou un autre qu’on n’y aurait pas vu de grandes différences. L’opus bien qu’étant bon n’a pas le « Usher Factor » et pour cause ? Il n’existe pas, il n’a jamais pris le temps de le créer.

C’est en ça que la position de second et de très bon second était géniale pour lui, n’ayant pas une grande marque au niveau sonore. Il pouvait se faufiler et piocher un peu partout pour faire de belles choses sans avoir de grands comptes à rendre. Dès Confessions, ce n’est plus possible, il lui faut trouver quelque chose, un plan . .. et c’est là que tout tombe à l’eau.

Il commence par faire le pari d’une certaine maturité  un peu grand public mais «  Here I Stand » se prend une claque. L’opus n’est pas forcément moins bon que le précédent, au niveau vocal il y délivre même de grands moments mais pas ce qu’on attend du ténor de la scène urbaine, pas de Usher mais de ce qu’il est censé représenter. De 14 millions, il passe à 2 millions d’acheteurs et  se sent piégé. Avec un Chris Brown qui monte en force et un R.Kelly qui rebat les cartes de sa carrière : il n’a aucune sérénité.

Pas le temps de se poser et de réfléchir par peur de se faire oublier, pas le temps d’essayer de trouver le son de vétéran propre qui devrait être le sien, alors il se lance plus ou moins dans tout ce qui peut lui maintenir une image sur scène. Il n’a jamais pu avoir le courage ou l’empreinte d’un Justin Timberlake dont la carrière solo est pourtant plus recente. Sur Raymond Vs Raymond, on a assisté au combat entre l’ancien Usher ( Jimmy Jam, B.cox) face au nouveau plus pop ( Danja, Will.I.AM).  Pour ce nouvel album, il a carrément mis  ses anciens collaborateurs de côté pour essayer de réellement trouver sa voie car s’il y a une chose qui  est très réussie dans cet opus, c’est son titre.

A 33ans et malgré sa carrière,  son talent véritable, ses ventes, Usher reste encore en pleine recherche de son » son » et il veut le faire sans prendre le moindre risque.

Tout dépend donc des producteurs  et de leurs inspirations en grande partie. Quand Rodney  travaille avec une Janet ou une Brandy, ils essaient de leur recréer l’ambiance de leurs débuts ou d’innover d’une certaine manière. Avec Monsieur Raymond, on cherche le plus grand nombre de tubes possibles sur l’instant.  Quand il y a poussée de génie, ça se marie remarquablement avec qualité et on peut avoir des titres comme le terrible » Sins Of My Father », le funky « Twisted »,  le trépidant « Show’me » ou encore » I care 4 U » où il livre encore une des mémorables performances vocales dont il a le secret.

Quand c’est déjà plus mou, on se retrouve avec « Climax » ou des versions  de «  Motivation » à la pelle. « Dive », « Lessons For Love » ou encore « What Hapenned To You » sont des frères et sœurs du tube de Kelly Rowland, autant dans leurs constructions que dans la manière dont ils sont chantés. On les a déjà entendus 100 fois mais ça passe, parce que c’est déjà mieux que Monica  a qui on a offert la même sauce sur «  New Life ». Hormis, Take a Chance (que Dive reprend), il brille plutôt dans du Rico Love mais encore une fois, c’est du Rico Love, pas du Usher.

Quand il tombe sur des gros tonneaux vides, ça nous donne des « Scream », « Euphoria » , « Lemme See » et autres «  Can’t Stop, Won’t Stop » mais au fond, il y a toujours ce vide de personnalité et la démarche est la même pour chaque chose qu’il offre.

Looking For Myself n’est pas  vrai album, du moins pas un opus de vétéran comme Usher est censé l’être.  C’est plus une compilation  radiophonique. L’album a été conçu de sorte que chacun puisse piocher un bout et larguer le reste. Les fans de musique r&b prendront 2/3 titres qu’ils oublieront dans quelques mois, les fans de musique mainstream pareil. On le voit  pas trouver de nouveaux producteurs, on ne le voit pas se mettre au dessus de la mêlée,  car cet opus a été conçu dans le même esprit que ceux des petits nouveaux ( Chris Brown, Justin Bieber), et il va d’ailleurs être assez intéressant dans les prochaines semaines de voir si eux ont pu faire mieux. Les ficelles commerciales  sont trop grosses et il n’y a pas la ligne artistique au-dessus comme on a par exemple pu la retrouver sur «  Future Sex/Love Sounds » de Justin. C’est un album pop grand public qui nous montre qu’Usher veut gagner du temps. Il est à la croisée des chemins et pour le moment, il préfère encore le succès facile à l’introspection réelle.

Triste Réalité !

11.5/20.

 Son apparition au Coachella avec Pharrell.

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