Suite au débat lancé hier-soir sur la page facebook Musicfeelings, après la publication de la reprise du  » How Deep Is Your Love » des Dru Hill par M.Pokora. J’ai décidé de consacrer l’éditorial de ce dimanche à une analyse de son positionnement et de sa carrière.

La personnalité artistique, c’est la signature même d’un artiste. C’est ce qui fait que tu incarnes des choses que quelqu’un d’autre n’incarne pas ou pas de la même façon. C’est ta touche d’originalité,de sincérité, de profondeur qui va faire en sorte que ce que  tu transmets soit immuable.

M.Pokora ne possède pas ça.

Quand il a commencé en 2003, il voulait copier M.Houston qui copiait déjà R.Kelly. Ensuite, il s’est recroquevillé sur le concept Timberlake qui a fini par voler en éclat sur la fin des années 00’s. A bout de souffle, il s’est donc reconverti dans la variété grand public, qui l’amène tout à tour à recycler du Goldman, du Claude François sous des airs de fausse-modernité, calquant cette fois les codes de Bruno Mars. Il est en réalité totalement vide, mais c’est justement là sa force. C’est pour ça que j’étais contre la comparaison avec Justin Timberlake, car le grande mérite de Timberlake est que justement : il a une vraie identité artistique. Il sait ce qu’il a et ce qu’il veut artistiquement, c’est pour ça qu’il se traine avec la même équipe de producteurs depuis 15 ans et qu’Usher bien qu’étant meilleur vocalement s’est perdu en voulant bouffer à tous les râteliers. M.Pokora, son immense puissance est qu’il est vide. Sa voix assez cristalline ne le trahit en rien. On peut l’entendre sans l’entendre. C’était d’ailleurs assez frappant dans cette reprise avec ses choristes, il existe à peine. Ce n’est ni vraiment R&B, ni soul, ni même typiquement variété, c’est extrêmement lisse, en plus du fait qu’il fait qu’il ait des capacités vocales plus que limitées. Dans une société où la disposition à l’image s’est aggravée,  et où on regarde la musique avant de l’écouter. C’est un énorme avantage pour quelqu’un comme lui.

Il est ce que qu’on pourrait appeler un mannequin chantant qui revêt le costume du moment, en jouant sur son capital sympathie. Il a public TF1, il a signé chez Tf1 en tant qu’artiste, son label est une chaîne de télé… ça en dit long. Son image, et son capital sympathie sont les maîtres pieds de sa carrière. C’est en ça qu’il fait très bien le job qu’on lui demande de faire. Un chanteur plus marqué R&B, ou même rock avec une plus forte personnalisé n’aurait pas son succès, dans ce même créneau. Il y aurait quelque chose de clivant. Il y a plein de très belles voix en France, très soul, très rock, mais vous ne les voyez jamais dans un prime sur TF1. Quelques fois à The Voice, mais c’est très rare dans le grand public d’avoir ça en France, encore plus récemment. Il faut des choses plus lisses pour fédérer autour d’une grande audience.

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Résultat : Chez Pokora, la médiocrité ou le vide artistique sont devenus des armes pour coller à une image et à des étiquettes mainstream. Encore une fois, c’est le principe même du mannequin chantant, qui va même plus loin chez lui, vu qu’ils ne veulent tellement prendre aucun risque, qu’on lui fait reprendre des chansons déjà très très populaires, d’artistes déjà très populaires. Les titres de Goldman ou de Claude François ( qui sont déjà des reprises) sont connus de TOUS. On choisit de faire qu’ils les reprennent, parce que ce sont des prises de risque minimum ou totalement nulles. Impossible que le public très populaire auquel il s’adresse et qui le trouve sympathique soit froissé par ça. Toutefois, le risque de sa démarche reste qu’il a un vrai souci de répertoire. Les chanteurs des yéyé copiaient les chansons américaines. Ils en volaient d’autres, mais elles sont ancrées dans leurs répertoires. Chez Pokora, comme le concept même est de ne prendre aucune risque et de faire semblant de moderniser, le succès est momentané, mais « Cette année- là » par exemple sera toujours attribuée à Claude François et non à lui. La version de Yannick ( Cette soirée-là) est d’ailleurs, à cet effet, plus mémorable dans le temps que la sienne. Pareil, « A nos actes manqués » sera toujours la chanson de Goldman, il n’y a pas d’empreinte Pokora. C’était particulièrement frappant, il y a quelques années quand il a eu une speciale chez Drucker. Ils ont très peu, voire pas du tout abordé l’artistique. Toute l’émission était centrée sur sa personalité, ses envies, sur l’humain et ça fonctionnait très bien, car, il faut reconnaitre qu’il est génial dans l’exercice. Il parle bien, sourit quand il faut sourire, est ému quand il faut l’être, peut sortir quelques pas de danse. C’est parfait. Ce genre de shows ont 2 cibles principales :

  •  La ménagère de moins de 50 ans qui va trouver le garçon charmant et sympathique. Il n’est pas clivant, pas méchant et présente bien..donc elle va mettre dans le paniers en faisant ses courses. –
  • Sa fille qui va aimer le physique et cette impression de modernité qu’il donne. En plus il danse bien..etc..donc elle aura l’autorisation de mettre dans le panier.

Ce public est à Pokora, ce qu’est la droite catholique à François Fillon, c’est son sôcle.. c’est sa principale audience… et il sait que sa relation avec eux passe toujours par l’image. Ils n’attendent pas de lui qu’ils fassent de magnifiques acoustiques ou même des très grandes chansons. Et c’est tant mieux encore une fois, car il en serait incapable.

Son « talent », est autre, ou alors son talent est quelque chose de « different » pour reprendre une formule consacrée de Mariah Carey à Jennifer Lopez. Lorsqu’on lui demandait en 99 s’il y avait une rivalité entre elle et J.LO, elle avait insisté sur le fait que son talent « c’était le chant, elle avait chanté toute sa vie, écrit des chansons, tandis que le talent de l’autre.. était quelque chose de différent. » Une pique bien pensée qui résume bien le fait que J.LO bien qu’ayant beaucoup de qualités, reste d’abord une professionnelle ultime de la communication.

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Le risque dans le cas de M.Pokora est toutefois que la question du répertoire reste primordiale pour la tenue d’une carrière sur le long terme. C’est d’autant plus sévère que le public R&B-Pop français qui a écouté ses premiers albums n’est pas exactement le même public TF1 qui fait de lui, ce qu’il est actuellement. Pokora existe, vend très bien, et sa communication est formidable, mais à un moment ou un autre, la question de son propre répertoire finira par se poser. Et ce qui est cocasse est que malgré toutes ces ventes, tout ce marketing, et toute cette exposition, ce sera surement le plus difficile pour lui.

Triste Réalité!

#Edito5: Est ce que la création musicale française est en train de mourir?!

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