Aujourd’hui, on va revenir sur le « White Privilege » ( le privilège d’être blanc) dans les radios américaines. Plusieurs dossiers ont été écrits sur le sujet, mais cette fois ci, je vais le mettre en exergue avec un exemple précis, car ça reste encore trop flou dans l’esprit de beaucoup.
On commence tout d’abord avec une capture d’écran. Cette capture d’écran compile les 25 chansons les plus jouées sur les radios Pop ( les radios les plus écoutées du pays, qui constituent encore le top 40) aujourd’hui aux USA.
Capture d’écran 2017-10-13 à 20.41.08

Si vous avez lu le dossier sur les radios ( ici, important pour comprendre ce qui suit), vous savez que le système des ventes et des classements aux USA dépend énormément sur les classements et audiences radios.

[Dossier]Le système des radios aux U.S.A…

Actuellement, la chanson numéro 1 est le titre Strip That Down de Liam Payne. Sans porter aucun jugement de valeur sur la qualité de cette chanson…
Pour quiconque s’intéresse à la musique urbaine, ce titre est typiquement une production de Dj Mustard qui date de 2013/2014.

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C’est le genre de titres qu’on a écouté chez TOUT le monde dans la scène urbaine entre 2013 et 2015. Chris Brown, Eric Bellinger, Trey Songz, Jeremih, Omarion et tout le reste ont tous usés cette ficelle sonore jusqu’à la moelle.

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Il s’inscrit bien dans le son « Mustard/NicNac »… et c’est donc actuellement la chanson qu’on entend le plus dans les radios aux USA, à l’heure où je vous écris.
Pourquoi ?
La raison tient de son interprète. Cette chanson est chantée par Liam Payne, un artiste pop et blanc, qui est parfaitement adéquat sur son propre format donc les radios POP (les 40 radios les plus populaires du pays le jouent du fait qu’il soit adapté à leur cible).
Aucun artiste noir n’a eu et n’aurai jamais pu avoir la même audience radiophonique avec pourtant des chansons du même genre. Ils en ont sorti des centaines. On en avait même marre sur cette page. Pourquoi ?
Quand un artiste noir propose quelque chose, les radios Pop assument qu’il doit déjà faire ses preuves dans son format, les radios R&B/HipHop. Le parcours n’est pas le même.

Il faut que tu sois premier en R&B, puis en Urban, puis que tu es un relais en Rythmic, avant donc d’atteindre le format pop. C’est pour cela que ça prend souvent un temps immense aux artiste urbains d’accéder au Top 40. Parfois, quand ils arrivent à être joués en pop, il y a eu tellement de temps entre la sortie de la chanson et l’attention des radios pop que le buzz s’est effacé. Ils stagnent, et ont des difficultés à avoir d’un coup, une énorme audience. Adorn de Miguel l’a bien montré. Ce morceau n’a jamais pu atteindre le top 5 au Hot 100 car son succès s’est étalé : 8 mois se sont écoulés entre sa sortie et le moment où les radios populaires se sont décidés à jouer le titre.  Si Liam Payne, Justin Timberlake ou Demi Lovato avaient sorti la même chanson, ils auraient été dans le top 20 du plus gros format en moins d’un mois, et donc ce serait mieux vendu, vu que le format Pop ( Top 40) regroupe les radios les plus écoutés du pays.

Miguel,  » le système musical américain ne se base pas sur la musique, mais sur la race ».

Ce fonctionnement est dénoncé par beaucoup d’artistes comme étant du #WhitePrivilege. Liam, sans aucun jugement de valeur sur ce qu’il propose, a cette énorme audience radiophonique du fait de sa couleur de peau, et également du fait qu’on a acquis l’idée de la facilité de présenter de la musique noire à un public blanc…sans le noir. On peut parler de syndrome Elvis Presley.
Avec de telles audiences, il est sans aucun doute le titre « Mustard » le plus joué de tous les temps, alors que de manière objective, cette chanson n’a en rien révolutionné le genre. Elle arrive même 5 ans après la tendance.
En comparaison, Loyal, qui était en amont n’a pas eu la moitié de ses audiences en Pop ( dans le sens populaire et non musical).

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L’autre exemple récent qu’on pourrait évoquer, est I’m The One de DJ Khaled qui a lui aussi été numéro 1 en radio et également au Hot 100 américain. Cette chanson, aussi bien par sa structure que par sa mélodie est encore très inspirée de Mustard et n’est pas tant que ça différente des autres propositions de Mustard proposées par Khaled. Hold You Down, que Do You Mind, utilisent exactement la même formule. La chose qui fait mouche pour les radios populaires avec I’m the One, est la présence de Justin Bieber. Ce dernier est déjà ancré dans leur format. Il est ainsi facile pour elles de mettre en exergue le titre, là où elles auraient refusées d’y toucher, si le featuring était Chris Brown, August Alsina, ou encore Jeremih. Avec Bieber, la facilité et la simplicité étaient présentes. Le titre a été matraqué sur le format populaire et a donc permis à Khaled, de casser un plafond de verre qu’il n’arrivait pas à franchir, avec des titres du même genre portés par des artistes R&B classiques.

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Comme expliqué dans les dossiers sur le Multiculturalisme, les radios populaires partent du principe que les artistes « blancs » sont de fait plus rentables et accessibles à leur audience…et donc dans un sens les favorisent. Et c’est notamment ça qui fait enrager beaucoup d’artistes noirs américains, qui estiment qu’ils font des choses qui ne sont pas reconnues. Dès qu’un blanc les fait, cela devient une sorte de triomphe national. Miguel, K.Michelle, Solange, J.Cole et plein d’autres ont déjà à plusieurs reprises dénoncé cet état de fait.
C’est ça qu’on appelle le « White Privilege » et dont les effets peuvent être particulièrement pervers sur long terme. Très souvent, les gens pensent que ce « White Privilege » n’existe pas, parce que les artistes noirs réussissent néanmoins à avoir du succès. Certes, mais ça reste toujours bien plus difficile pour eux. Par exemple, il suffit de voir qu’actuellement c’est donc Liam Payne qui est à la première chanson la plus diffusée aux USA.
En revanche, c’est Cardi B qui depuis 3 semaines est en tête du Hot 100… alors qu’elle n’est que la 27e chanson la plus jouée dans le plus gros format aux USA. Si ce titre avait été porté par Iggy Azalea, il ne fait aucun doute qu’après 3 semaines de domination, il serait au moins le titre le plus diffusé dans le pays. Là, ils se refusent à la jouer, pour les raisons énoncées plus haut, mais elle réussit quand même à faire le tour de force, de dominer le tout, grâce au soutien des radios Rap, des radios Latinos avec le remix et aussi bien sur les plateformes streaming avec des chiffres incroyables, qui lui permettent de rattraper son retard sur Liam Payne.
Donc oui, elle cartonne mais sur des arguments strictement objectifs. Son parcours est bien plus difficile que celui d’une artiste qui aurait eu le même profil, avec une autre couleur de peau. C’est ça qui est dénoncé , et qui malgré les années et critiques, ne change pas.
Triste Réalité!
Pour compléter cette analyse.

[Dossier] Le multiculturalisme musical aux U.S.A, un leurre total.

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